Press release | 26 Février 2021

Global Witness est solidaire des lanceurs d’alerte congolais qui dénoncent un présumé réseau international de blanchiment d'argent

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Aujourd'hui, deux lanceurs d’alerte congolais, anciennement employés par Afriland First Bank, ont révélé publiquement pour la première fois leur identité et leur récit. Leur témoignage et les documents qu'ils ont partagés avec la Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique Francophone (PPLAAF) et Global Witness ont constitué la base d'une enquête menée conjointement et publiée en juillet 2020, « Des sanctions, mine de rien », et de plusieurs autres articles publiés dans Bloomberg, Le Monde et Haaretz.

Les deux lanceurs d’alerte, Navy Malela et Gradi Koko, ont travaillé pendant plusieurs années au sein du département d'audit d’Afriland First Bank, la branche congolaise d'une banque camerounaise. Tous deux ont remarqué des irrégularités et rapportent avoir vu le magnat de l'industrie minière Dan Gertler, sanctionné par les États-Unis, entrer dans la banque. Ils ont fait part de leurs inquiétudes en interne avant de quitter le pays et de partager les preuves avec PPLAAF et Global Witness, malgré des risques importants à leur sécurité personnelle. Tous deux vivent maintenant en exil en Europe avec leur famille, après avoir quitté le pays par crainte pour leur sécurité, selon une déclaration publiée par PPLAAF.

Les documents fournis par Malela et Koko ont aidé Global Witness et PPLAAF à révéler que le milliardaire controversé Dan Gertler aurait utilisé un réseau de blanchiment d'argent s'étendant de la République démocratique du Congo (RDC) à l'Europe et l’Israël pour échapper aux sanctions américaines contre lui, faire passer des millions de dollars à l'étranger et acquérir indirectement de nouveaux actifs miniers congolais. Dan Gertler a nié toutes ces allégations et toute tentative de se soustraire aux sanctions américaines ou d'enfreindre les lois sur le blanchiment d'argent.

Aujourd'hui, des documents supplémentaires fournis par Malela et Koko à un groupe de journalistes ont conduit à d'autres révélations. Un article publié par RFI, basé sur ces documents, suggère notamment que le président du Sénat congolais aurait retiré 4,4 millions de dollars du compte du Sénat à l'époque des élections de 2019, et que des sociétés apparemment liées au Hezbollah auraient effectué des opérations bancaires à Afriland First Bank. Le Mail and Guardian fait également référence à d’importantes sommes qui entrent et sortent de comptes bancaires appartenant à certains membres de l’élite politique de la RDC, dont Zoe Kabila (frère de Joseph) et Richard Muyej, le gouverneur de la province de Lualaba, riche en cuivre.

L'avocat de l'Afriland First Bank, Eric Moutet, a déclaré dans une interview à RFI que Malela et Koko avaient été condamnés à la peine de mort devant un tribunal congolais. Global Witness prend ces accusations extrêmement au sérieux et travaille en étroite collaboration avec PPLAAF pour déterminer la vérité de ces affirmations. Jusqu'à présent, les ONGs et les journalistes n'ont pu obtenir une copie d’aucun verdict, malgré leurs tentatives, y compris de la part du tribunal qui aurait examiné l'affaire.

« Global Witness est solidaire de Navy Malela et de Gradi Koko, qui ont décidé de partager avec PPLAAF et Global Witness des informations relatives à des irrégularités financières dont ils ont été témoins. Ils ont pris cette décision par sens du devoir et malgré d’importants risques qu'ils ont encourus, ainsi que leurs familles, » a déclaré Margot Mollat, responsable de campagne à Global Witness.

« Si ces faits sont vrais, il serait incroyable qu’on puisse condamner à mort des lanceurs d’alerte sans leur donner la possibilité de se défendre, et de ne pas poursuivre ceux qui permettent à l’argent du peuple congolais de disparaitre, » a déclaré Navy Malela dans un communiqué de PPLAAF.

« Quelle que soit la position réelle, il est profondément troublant de voir des rapports selon lesquels un tribunal congolais aurait pu juger deux hommes à leur insu et en leur absence, sans parler de les condamner à mort. Nous sommes préoccupés par ces tentatives de répression dangereuses, visant à punir les citoyens congolais qui défendent la transparence et la responsabilité, » a déclaré Margot Mollat.

« Ces courageux lanceurs d’alerte ont mis leur vie en danger pour dénoncer la corruption et les abus de pouvoir des entreprises. Cela demande un courage et un engagement extraordinaire pour le bien public, » a ajouté Mollat.

Les efforts pour cibler ceux qui dénoncent ces pratiques de corruption se sont étendus à Global Witness et PLAAF. Depuis la publication des premières révélations en juillet 2020, les deux organisations ont fait l'objet de menaces abusives de poursuites judiciaires et de plaintes pénales. Séparément, nous et nos partenaires médiatiques avons été confrontés à des attaques incessantes et apparemment coordonnées par des comptes anonymes de réseaux sociaux.

En conséquence, le 15 décembre 2020, PPLAAF a déposé plainte pour entrave à la liberté d'expression et d'association, atteinte à la vie privée et dénonciation calomnieuse devant le parquet de Paris. La plainte demande une enquête préliminaire sur les actes apparents de représailles contre Global Witness et PPLAAF pour le rapport de juillet.

En décembre 2020, le Trésor américain a procuré à Dan Gertler une licence spéciale, qui lui permet essentiellement de reprendre ses activités avec des entités américaines et d'accéder à ses fonds gelés pendant une période d'un an. La décision de l'administration Trump d'alléger les sanctions contre Dan Gertler porte un coup sévère aux organisations congolaises internationales qui luttent contre la corruption en RDC, ainsi qu'à Koko et Malela, qui ont tout risqué pour divulguer des documents suggérant une évasion des sanctions.

Global Witness et ses partenaires congolais et internationaux continuent d’appeler l'administration Biden à revoir d'urgence les circonstances qui ont conduit à l'assouplissement des sanctions contre Dan Gertler, et de les rétablir intégralement.

Au moment de la publication, les journalistes n'ont pas pu joindre Richard Mujev, Zoe Kabila et le président du sénat congolais. Afriland First Bank a fourni une longue réponse à RFI. 

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Infos pour les journalistes:

Credit for listing image: Liran Hutmacher/ PPLAAF