Blog / 10 Février 2020

Le Président Macron prétend s’intéresser aux forêts, mais est-il prêt à joindre l’acte à la parole ?

Le Président français Emmanuel Macron travaille son image de champion mondial du climat. Il a qualifié de « crise internationale » les incendies qui ont ravagé l’Amazonie l’été dernier, pris des mesures à l’échelle mondiale pour réunir des fonds, et lancé plusieurs autres initiatives axées sur la préservation des forêts.

La nouvelle décennie s’étant ouverte sur des incendies apocalyptiques en Australie, ses paroles sonnent plus juste que jamais. Elles resteront cependant creuses s’il ne balaie pas devant sa porte.

L’agro-industrie joue un rôle de premier rang dans la disparition des forêts tropicales telles que l’Amazonie, comme l’a souligné le Président Macron à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU : « Certaines activités agricoles prédatrices […] ne sont pas compatibles avec la biodiversité et la forêt. »

Il a raison – et il devrait regarder de plus près les institutions financières qui en sont la cause. Global Witness a révélé qu’entre 2013 et 2019, des institutions financières françaises avaient soutenu certaines des entreprises agro-industrielles les plus nocives au monde à hauteur de près de deux milliards d’euros. En produisant des matières premières telles que de l’huile de palme, du bœuf et du caoutchouc, ces entreprises favorisent la destruction des plus grandes forêts tropicales au monde. Cela fait de la France le deuxième plus gros contributeur de fonds derrière la déforestation sur cette période, dans toute l’UE.

L’ironie veut que la France soit l’un des rares pays à avoir reconnu le rôle de sa consommation et de ses investissements dans l’aggravation de la déforestation et à s’être engagé à agir. Une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, convenue en 2018, vise à inciter les acteurs financiers à intégrer la lutte contre la déforestation dans leurs politiques et stratégies d’investissement. Elle s’étend également aux risques de déforestation posés par leurs activités de financement et d’investissement.

La France a également donné le ton en adoptant sa loi sur le devoir de vigilance en 2017, une législation pionnière qui contraint les entreprises françaises d’une certaine taille, y compris les banques, à identifier, atténuer et prévenir les violations des droits humains et les dommages environnementaux tout le long de leur chaîne d’approvisionnement et dans leurs opérations de financement. Les entreprises doivent rendre compte de ces risques chaque année, ainsi que des mesures mises en place pour les atténuer.

Ces engagements sont louables sur le papier, mais il est impératif de les concrétiser. En 2020, ils doivent être suivis de mesures urgentes et ambitieuses pour transformer le comportement des entreprises et générer de véritables progrès. Comme le révèlent nos enquêtes, les capitaux continuent d’affluer vers des entreprises qui détruisent les forêts tropicales afin de produire des matières premières telles que de l’huile de palme, de la viande bovine et du caoutchouc.

Notre nouvelle analyse souligne que, depuis l’adoption de la loi sur le devoir de vigilance il y a presque trois ans, les grandes banques françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis ont toutes soutenu financièrement des entreprises mondiales de l’agro-industrie menant des opérations liées à la déforestation en Amazonie et dans le bassin du Congo, bien qu’ayant adopté des politiques environnementales et forestières.

Non seulement les banques françaises financent des entreprises associées à la déforestation, mais un récent rapport des Amis de la Terre France et Oxfam France a révélé que les plus grosses banques françaises – BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Banque Populaire et Caisse d’Epargne – ont financé ou investi dans le secteur des énergies fossiles, dont les émissions ont atteint plus de 2 milliards de tonnes équivalent of CO2 en 2018. Cela représente 4,5 fois les émissions de la France cette même année.

En l’état actuel des choses, le comportement des banques françaises ne peut que continuer de saper les engagements climatiques mondiaux de la France. Le Président Macron a en sa possession les outils nécessaires s’il veut y remédier. Pour confirmer sa position de leader mondial dans le domaine climatique, il lui faut engager un changement radical et en profondeur dans son pays et mobiliser des efforts internationaux pour contribuer à sauver nos forêts. Il n’y a pas de temps à perdre.

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