Press release / June 20, 2016

Un nombre sans précédent d’assassinats de défenseurs de l’environnement en 2015

Un rapport de Global Witness braque les projecteurs sur les pays les plus meurtriers que sont le Brésil et les Philippines 

En 2015, plus de trois personnes ont été tuées chaque semaine alors qu’elles défendaient leur terre, leurs forêts et leurs cours d’eau contre des industries destructrices, d’après Global Witness. Le nouveau rapport de l’organisation, intitulé On Dangerous Ground (En terrain dangereux), rend compte de 185 morts connues chaque année à travers le monde – de loin le bilan annuel le plus lourd jamais enregistré, et représentant une hausse de 59 % par rapport à 2014. Au vu des restrictions sévères concernant l’information, les chiffres réels sont sans aucun doute plus élevés.

Les pays les plus meurtriers pour les défenseurs des droits fonciers et de l’environnement en 2015 ont été le Brésil (50 morts) et les Philippines (33) – des chiffres records pour ces deux pays –, suivis de la Colombie (26), du Pérou (12), du Nicaragua (12) et de la République démocratique du Congo (11). Les principaux vecteurs ont été l’industrie minière (42), l’agroalimentaire (20), l’exploitation forestière (15) et les centrales hydroélectriques (15).

« Alors que la demande de produits comme les minerais, le bois et l’huile de palme se poursuit, des gouvernements, des entreprises et des bandes criminelles s’emparent des terres au mépris des populations qui y vivent », a déclaré Billy Kyte, chargé de campagne à Global Witness. « Les communautés qui prennent position se retrouvent de plus en plus dans le collimateur des services de sécurité privée des entreprises, des forces de l’ordre et d’un marché florissant pour les tueurs à gages. Pour chaque assassinat dont nous rendons compte, de nombreux autres ne sont pas signalés. Les gouvernements doivent intervenir de toute urgence pour enrayer cette spirale de violence. »

Le rapport On Dangerous Ground met en lumière la grande vulnérabilité des populations indigènes qui, à cause de droits fonciers insuffisants et d’un isolement géographique, sont fréquemment ciblées par le phénomène d’accaparement des terres et des ressources. En 2015, près de 40 % des victimes étaient issues de groupes indigènes.

Le père et le grand-père de la militante philippine Michelle Campos ont été exécutés publiquement pour avoir défendu leurs terres ancestrales contre l’exploitation minière, notamment lors d’une attaque qui a contraint 3 000 indigènes Lumad à partir de chez eux. Riche en charbon, en nickel et en or, leur région, Mindanao, est aussi l’une des plus dangereuses au monde pour les défenseurs de l’environnement et des droits fonciers, 25 morts y ayant été recensées pour la seule année 2015.

« Nous nous faisons menacer, injurier et assassiner si nous tenons tête aux entreprises minières présentes sur nos terres et aux paramilitaires qui les protègent », a expliqué Michelle Campos. « Mon père, mon grand-père et mon instituteur ne sont que trois des innombrables victimes. Nous connaissons les meurtriers – ils continuent de circuler librement au sein de notre communauté. Nous sommes en train de mourir et notre gouvernement ne fait rien pour nous aider. »

Entre-temps, au Brésil, la lutte pour la sauvegarde de l’Amazonie est en train de se transformer en combat contre les bandes criminelles qui terrorisent les populations locales sur l’ordre des entreprises forestières et des agents corrompus par celles-ci. Isídio Antonio est l’une des dernières victimes en date. À la tête d’une communauté de petits exploitants agricoles de l’état de Maranhão, cela faisait des années qu’Isídio, qui dénonçait l’exploitation illégale de ses terres, faisait l’objet de menaces de mort. La police n’a jamais mené d’enquête sur son assassinat.

Des milliers de campements dédiés à l’exploitation forestière illégale sont apparus à travers l’Amazonie brésilienne, où de précieuses espèces de bois dur brésilien comme l’acajou, l’ébène et le teck ont été abattues par des hommes armés de machettes et de tronçonneuses. D’après les estimations, 80 % du bois d’œuvre en provenance du Brésil est illégal[i], et il représente 25 % du bois illégal présent sur les marchés mondiaux[ii]. Une grande partie de ce bois est vendue à des acheteurs du Royaume-Uni, des États-Unis, d’Europe et de Chine[iii] et contribue à l’un des taux de perte forestière les plus élevés au monde.

« Les assassinats toujours impunis dans les villages miniers reculés ou en plein cœur des forêts tropicales sont alimentés par les choix que font les consommateurs à l’autre bout de la planète », a commenté Billy Kyte. « Les entreprises et les investisseurs doivent rompre leurs relations avec les projets qui bafouent les droits des communautés à jouir de leurs terres. Du fait du réchauffement de nos climats et de la poussée démographique, les pressions sur la terre et les ressources naturelles ne peuvent que s’intensifier. Sans intervention rapide, le nombre actuel de morts semblera bientôt dérisoire. »

Le rapport On Dangerous Ground souligne également la hausse de la criminalisation des défenseurs de l’environnement et des droits fonciers en Afrique – nous présentons ainsi quatre cas au Cameroun, en Sierra Leone, à Madagascar et en République démocratique du Congo.

Global Witness appelle les gouvernements des pays affectés à :

  • Améliorer la protection des défenseurs de l’environnement qui s’exposent à un risque de violence, de mesures d’intimidation ou de menaces
  • Enquêter sur les crimes, y compris sur leurs initiateurs, tant dans le milieu politique que des entreprises, ainsi que sur les hommes de main, et traduire en justice les auteurs de ces crimes
  • Soutenir le droit des militants à s’opposer à des projets sur leurs terres, et veiller à ce que les entreprises recherchent activement à obtenir leur accord
  • Résoudre les causes sous-jacentes de la violence visant les défenseurs en reconnaissant formellement les droits des communautés relatifs à leur terre, et en venant à bout de la corruption et des irrégularités qui anéantissent les secteurs des ressources naturelles. 

/ ENDS

Notes to editor:

[i] BBC News (9 juillet 2015), Brazil's Amazon wilderness at risk from organised crime. À consulter sur : http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-33449810 (consulté le 5 mai 2016)

[ii] Chatham House (juillet 2015), Tackling Illegal Logging and the Related Trade What Progress and Where Next? À consulter sur : https://www.chathamhouse.org/sites/files/chathamhouse/field/field_document/20150715IllegalLoggingHoare.pdf (consulté le 4 mai 2016)

[iii] Chatham House (octobre 2014), Illegal Logging and Related Trade The Response in Brazil. À consulter sur : https://www.chathamhouse.org/sites/files/chathamhouse/field/field_document/20141029IllegalLoggingBrazilWellesleyFinal.pdf (consulté le 4 mai 2016)
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