Press Release / 31 Mars 2003

Comment le trafic d'armes et les activités mercenaires en Afrique occidentale sont soutenus par le gouvernement libérien et par des entreprises d'exploitation forestière

Un nouveau rapport de Global Witness paraissant aujourd'hui dénonce la façon dont le gouvernement libérien tend à déstabiliser violemment l'Afrique occidentale, par le biais de son soutien aux mercenaires de Côte d'Ivoire et de Sierra Leone et du fait de ses importations régulières d'armes, qui constituent une violation du régime de sanctions imposé par les Nations unies. Le rapport, intitulé ‘The Usual Suspects: Liberia's Weapons and Mercenaries in Cote d'Ivoire and Sierra Leone', dresse un bilan du danger que représente le Liberia pour la sécurité et la paix au niveau international. Il montre comment le gouvernement libérien soutient les fractions rebelles du MPIGO1 et du MJP2 en Côte d'Ivoire, et comment il a l'intention d'utiliser des mercenaires pour déstabiliser la Sierra Leone. Global Witness en appelle au Conseil de sécurité des Nations unies pour qu'il fasse passer, rapidement et sans hésitation, une nouvelle résolution reconnaissant le danger que représente le Liberia pour la sécurité internationale, pour qu'il renouvelle l'actuel régime de sanctions, et pour qu'il étende ces sanctions à l'industrie de bois d'œuvre du Liberia, car celle-ci continue d'être pour le gouvernement libérien la principale source d'accès financier et logistique aux marchés d'armes internationaux et aux mercenaires.

« Nous avons découvert des informations que montrent que le gouvernement libérien est toujours impliqué à ce jour dans le commerce illégal d'armes, qu'il est derrière l'entraînement, l'armement et le déploiement des fractions rebelles ivoiriennes du MPIGO et du MJP, et que c'est le président du Liberia, Charles Taylor, qui mène le jeu depuis Monrovia », explique Alice Blondel, chargée de mission à Global Witness. « Parmi les ‘suspects' dont il est question dans notre rapport, il y a le Président Charles Taylor ainsi que l'ancien chef du RUF Sam Bockarie, alias ‘le général Mosquito'. Ils ont tous deux participé par le passé aux troubles régionaux, ils sont maintenant impliqués dans la grave crise que traverse la Côte d'Ivoire, et ils ont l'intention d'ébranler la paix déjà bien fragile en Sierra Leone. »

Le nouveau rapport fait état des individus, des entreprises et des groupes armés qui soutiennent les activités du gouvernement libérien dans la région. Il donne également des dates, des emplacements, ainsi que des détails sur la logistique des importations illégales d'armes par le Liberia et sur les mouvements des forces mercenaires. Voici quelques-unes des principales découvertes de Global Witness :
· Les armes continuent à arriver régulièrement au Liberia. En effet, toutes les deux ou trois semaines, le Liberia reçoit des cargaisons d'armes en provenance d'Europe de l'Est, lesquelles ont généralement transité par le Nigeria et la Libye. La majorité des cargaisons arrivent par mer dans les ports de Buchanan et de Harper, qui sont respectivement contrôlés par l'OTC (Oriental Timber Company) et par les MWPI (Maryland Wood Processing Industries). Le rapport souligne à quel point les importations libériennes d'armes dépendent de l'industrie d'exploitation forestière, qu'il s'agisse du courtage et du financement des marchés d'arme ou du déchargement et du transbordement des armes au moment de leur arrivée au Liberia.
· C'est le gouvernement libérien qui a créé et qui contrôle aujourd'hui les fractions rebelles du MPIGO et du MJP en Côte d'Ivoire. Ces fractions sont composées en majorité de mercenaires libériens et sierra-léonais. Les groupes de combattants, qui ont été organisés au Liberia avant leur déploiement en Côte d'Ivoire, sont aujourd'hui dirigés par des proches collaborateurs du président Charles Taylor.
· Le gouvernement libérien est actuellement en train de mettre en œuvre une stratégie de déstabilisation en Sierra Leone, qui a pour but de perturber les activités de la Cour Spéciale, devant laquelle le président Charles Taylor ainsi que d'autres personnalités importantes du Liberia devraient être mis en examen pour leurs crimes de guerre commis lors de la période de guerre civile en Sierra Leone.
· L'industrie libérienne du bois continue à fournir au gouvernement libérien les moyens nécessaires au maintien de son ravitaillement en armes illégales et en forces de combat. Les MWPI, qui contrôlent les importations d'armes, stockent également des armes dans leur bureau central situé à Harper, ceci afin que le gouvernement libérien soit ensuite en mesure de les envoyer dans son camp de brousse situé à la frontière ivoirienne, où elles seront utilisées par les forces du MPIGO et du MJP. Quant à l'OTC, elle continue d'organiser des cargaisons d'armes, et a mis en place une milice de 2500 soldats qu'elle tient à la disposition du gouvernement libérien.
· Les fonds détournés par le président Charles Taylor sont dissimulés dans des banques suisses ou burkinabaises. Charles Taylor possède au moins un compte au Burkina Faso établi sous son nom d'emprunt, Jean-Pierre Somé. Les capitaux libériens déposés dans des banques suisses sont d'un montant supérieur à ceux du Nigeria ou de l'Afrique du Sud, et s'élèvent au moins à 3,8 milliards de dollars3.

Par le passé, les Nations unies ont reconnu le danger que représentent les fonds détournés du bois4 et elles ont fait le lien entre des entreprises d'exploitation forestière, les importations d'armes illégales et le soutien apporté aux fractions rebelles5. Malgré cela, le Conseil de sécurité n'a toujours pas pris d'action décisive ni de sanctions à l'encontre de l'industrie libérienne du bois. « A l'heure actuelle, au Liberia, il est impossible de séparer l'industrie d'exploitation forestière libérienne des réseaux internationaux de trafiquants d'armes illégales et de mercenaires. A moins que l'on n'empêche au gouvernement libérien d'avoir accès à ces ressources, l'instabilité, qui est provoquée en Côte d'Ivoire par le trafic d'armes et les mercenaires soutenus par les Libériens, continuera. Il se peut alors que la menace d'activités mercenaires libériennes en Sierra Leone devienne une réalité, et que cela remette en question toute chance de paix dans cette région à l'avenir. »







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Notes :
1 Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest.
2 Mouvement pour la Justice et la Paix.
3 Extrait d'un document intitulé ‘Where has all your money gone? A fact sheet on Swiss banks and tax evasion', Déclaration de Berne, 26 juin 2002.
4 Résolution 1408 (2002) adoptée le 6 mai 2002 par le Conseil de sécurité lors de sa 4526ème réunion
5 Paragraphe 19 du rapport remis par le Panel des Experts nommé suite à la résolution 1306 (2000) prise par le Conseil de sécurité, à l'égard de la Sierra Leone (Décembre 2000).

Voir également les rapports précédents rédigés par Global Witness au sujet du Liberia, intitulés : ‘Logging Off: How the Liberian Timber Industry Fuels Liberia's Humanitarian Disaster and Threatens Sierra Leone' (Septembre 2002); et ‘Taylor-made: The Pivotal Role of Liberia's Forests and Flag of Convenience in Regional Conflict' (Septembre 2001).

Pour toute question, veuillez contacter Alice Blondel au +44 (0)7968-160-377