Woman panning for cassiterite DRC

Briefing / 24 Janvier 2017

Partager le butin : le genre et le secteur minier

À qui profite l’arrivée d’un boom minier? La ruée mondiale vers l’extraction de ressources précieuses a entraîné à la fois des conflits et des opportunités au sein des communautés, mais il est rare que les coûts et les avantages de ce secteur, qui représente plusieurs milliards de dollars, soient répartis de manière égale. Cette inégalité constate plus particulièrement au niveau du vécu pour les hommes et pour les femmes. Pour assurer le respect des droits des individus aux échelons inférieurs de la chaîne d’approvisionnement, et veiller à ce que secteur réalise tout son potentiel en termes de croissance et de nouvelles opportunités pour ces communautés, il est crucial de comprendre que l’industrie minière affecte les hommes et les femmes de manière inégale.

Les investissements et les recettes des opérations minières peuvent être considérables et conduire à la création d’emplois et d’infrastructures qui font cruellement défaut au sein des communautés vivant dans les zones visées par l’extraction. Mais nos enquêtes ont démontré que la mégestion corrompue de l’énorme richesse minière de pays tels que l’Afghanistan et la République démocratique du Congo entraînait un gaspillage des opportunités de développement , qu’elle profitait à des élites corrompues et à des entreprises éloignées, et qu’elle favorisait le conflit armé – dont les impacts peuvent être dévastateurs pour les femmes et les filles. 

Conflit et corruption

Cela fait de nombreuses années que nous rendons compte des liens étroits entre le conflit et l’industrie minière, ayant notamment signalé que le commerce de lapis-lazuli en Afghanistan servait à financer les Talibans et d’autres groupes armés et que les précieux minerais de la République démocratique du Congo alimentaient des conflits de longue durée dans le pays. Lorsque les luttes autour du contrôle de la richesse minière deviennent violentes, ce sont les femmes qui subissent de manière disproportionnée les violences directes et les conséquences indirectes du déclin de l’ordre. À travers le monde, la violence sexuelle envers les femmes est déployée comme une arme de guerre à une fréquence alarmante, tandis que l’affaiblissement de l’État de droit nuit à la capacité de l’État à fournir des services de base comme la santé et l’éducation.

Mais les effets préjudiciables et sexospécifiques de l’extraction ne se limitent pas aux périodes de conflit. En effet, la mégestion corrompue de la richesse minérale prive les zones locales des revenus dont celles-ci auraient pourtant tant besoin (voir le détournement de millions de dollars provenant de contrats miniers en République démocratique du Congo vers des comptes offshore douteux), alors qu’elle devrait servir à financer les services et l’infrastructure du pays. Ce manque d’investissement est d’autant plus injuste que, lorsque les ressources se font rares, ce sont souvent les femmes et les filles qui sont exclues de l’éducation et d’autres opportunités ; leurs voies de sortie de la pauvreté se retrouvent ainsi bloquées.

Inégalité des chances

Même lorsque l’industrie apporte des bénéfices, par exemple des emplois et des infrastructures, ceux-ci ne sont pas répartis de manière égale entre les hommes et les femmes. Comme l’a noté une étude de la Banque mondiale de 2009, ce sont généralement les hommes qui bénéficient des nouvelles opportunités, ce qui renforce les inégalités qui existent déjà au niveau de la répartition des revenus, des ressources et du pouvoir au sein des familles et de la communauté au sens large.

Women in mining

Des femmes cherchent du cassitérite dans un site minier au Sud Kivu, RDC. Les femmes travaillent souvent en marge du secteur minier artisanal. Credit photo: Phil Moore.

Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune femme ne travaille dans ce secteur – si, du fait des normes sociales, les femmes sont peu susceptibles d’être employées directement dans les mines, elles peuvent trouver du travail dans le secteur des services répondant aux besoins de cette industrie. Il se peut également qu’elles travaillent de manière non officielle et marginale, assumant des tâches dangereuses pour une infime rémunération, surtout dans les régions où prévaut le secteur minier artisanal de petite échelle. L’impact sur l’emploi des femmes et sur leurs revenus n’est pas clairement tranché, mais pour bien comprendre cet impact sur les communautés, il est essentiel de prendre conscience du fait que l’industrie ne crée pas des chances égales pour tous. 

Ce sont surtout les hommes qui ont accès aux avantages, à savoir principalement aux emplois et aux revenus, tandis que les femmes et les familles dont elles ont la charge sont plus vulnérables face aux risques qui se font jour. - Banque Mondiale

Coûts pour l’environnement et la santé

L’exploitation minière et les autres formes d’extraction peuvent avoir des effets préjudiciables sur l’environnement. La raréfaction des ressources en eau locales du fait de leur surutilisation ou leur contamination par les produits chimiques toxiques qui servent à extraire les minerais ont des impacts sanitaires sur les usagers. Si l’on passe plus de temps à chercher une source d’eau propre, qui pourra être bue et servir à cuisiner et à faire sa toilette, cela signifie forcément que l’on a moins de temps à consacrer à un travail payé et à l’éducation. De même, lorsque les terres agricoles sont accaparées par les opérations minières, il faut se rendre plus loin pour cultiver et faire pousser des aliments pour sa famille. Dans de nombreuses régions, ce sont les femmes qui se chargent des tâches domestiques et agricoles et qui, une fois encore, passent à côté d’opportunités en matière d’indépendance financière et d’autonomie.

Dégager les bénéfices

Malgré tous ces défis, l’industrie extractive ne doit pas forcément être synonyme de violence et d’inégalités. Ses impacts sont vastes et complexes, et certains éléments semblent indiquer qu’à condition de faire l’objet d’une gestion appropriée, la présence d’industries extractives peut significativement améliorer les perspectives des femmes. Des études sur le secteur minier en Afrique ont démontré que les opérations industrielles pouvaient améliorer l’accès des femmes aux soins de santé, favoriser leur autonomie et leur indépendance en leur conférant de nouvelles possibilités de dégager des revenus, et réduire la tolérance vis-à-vis de la violence domestique. Cependant, les impacts sont différents selon le contexte et les réponses politiques doivent y être sensibles : le secteur artisanal de petite échelle, en particulier, qui occupe une place prédominante dans de nombreuses régions visées par les travaux de Global Witness, peut poser aux femmes des risques tout à fait uniques. 

« Lire des récits de femmes dans le secteur minier artisanal de la RDC »

Il reste encore beaucoup à faire pour obtenir l’égalité et l’autonomie des femmes à travers le monde. Ce défi ne saurait être relevé par un seul secteur et une seule série de politiques, mais un rôle important doit être joué par une industrie responsable, transparente et sensible à ses impacts sociaux, économiques et environnementaux sur les femmes, et qui cherche à les réduire. Un tel comportement sera propice au développement, propice aux affaires et, surtout, il s’agira d’un pas fondamental vers la concrétisation d’une justice totale en matière de genre et de droits humains.