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Briefing / 10 de Octubre de 2019

Sous le feu des projecteurs

Eni et corruption dans le secteur pétrolier congolais

Global Witness a exposé des preuves solides de corruption à haut-niveau en rapport avec quatre permis pétroliers du géant italien Eni en République du Congo. Ces révélations tombent alors qu’Eni fait l’objet d’une enquête officielle pour corruption sur ses activités dans plusieurs pays et remettent en question son modèle d’entreprise et ses relations au pouvoir à travers le monde.

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Ce récit dresse un portrait cinglant de l’ingérence dans la gestion des richesses pétrolières congolaises qui, en cinq décennies, n’ont pas contribué à la prospérité de la population. Justin Tallis/AFP

Dans un conflit d’intérêt criant, un représentant du président congolais Denis Sassou Nguesso a dirigé un comité ayant attribué des parts importantes dans quatre permis pétroliers d’Eni à l’entreprise qu’il a fondé et qu’il dirigerait lui-même – selon le Journal Officiel congolais et les derniers rapports aux actionnaires d’Eni.

Le Journal Officiel est public, ce qui laisse supposer qu’Eni en avait connaissance de ce conflit d’intérêt mais n’en a pas tenu compte, ou qu’elle a négligé cette information – une omission grave dans ses contrôles anti-corruption. Cet arrangement a suscité une controverse interne chez Eni, qui a contribué à la démission d’un des membres de son conseil d’administration.

Depuis plus de deux décennies, Global Witness enquête sur la corruption dans les accords liés aux ressources naturelles. Les accords révélés ici en présentent de nombreux signes révélateurs. La corruption est endémique au Congo, le troisième plus gros État producteur de pétrole en Afrique subsaharienne, mais aussi une des sociétés les plus inégales du monde. Rien que cette année, nous avons exposé de la corruption dans le secteur pétrolier, des dettes cachées et du blanchiment d’argent présumé de la part des membres de la famille présidentielle.  

Un quid pro quo ?

Africa Oil and Gas Corporation (AOGC), l’entreprise fondée et dirigée par un représentant du président congolais, Denis Gokana, s’est associée à Eni dans le cadre du renouvellement de quatre de ses permis pétroliers offshore qui arrivaient à échéance. AOGC présente des antécédents publics de fraude, de versements à des entreprises détenues par le fils du président et des relations avec plusieurs personnes politiquement exposées, dont Gokana, également conseiller spécial des hydrocarbures du président et directeur de la société pétrolière d’Etat à l’époque. Gokana présidait le comité responsable de l’attribution des parts dans les permis d’Eni à AOGC – et à AOGC uniquement.

AOGC s’est associée à Eni quelques mois à peine après avoir négocié un accord dans un autre bloc pétrolier pour WNR – une société écran inconnue, dont les trois représentants de l’époque entretiennent des relations étroites avec Eni ou ses hauts dirigeants.

La curieuse corrélation du calendrier et des parties prenantes de ces accords pourrait être une simple coïncidence, mais cela nous semble improbable. Cette situation présente davantage les signes d’un quid pro quo :

  • AOGC facilite un accord pour WNR – une société écran potentielle pour les dirigeants d’Eni ou leur famille proche – dans un bloc pétrolier ;
  • En échange, AOGC reçoit trois pour cent de participation dans ce bloc pétrolier, plus de considérables intérêts dans d’autres permis pétroliers détenus par Eni ;
  • Dans le même temps, Eni (ou ses hauts dirigeants) approuve la participation d’AOGC dans ses quatre permis, malgré la dilution de ses parts et le risque majeur de corruption associé avec AOGC

L’enquête pour corruption milanaise

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Global Witness et Re:Common ont confronté la direction d’Eni à de nombreuses reprises lors des successives AGA, mais Eni reste évasive. Miguel Medina/AFP. 

Notre rapport présente les faits les plus détaillés à ce jour sur les accords au cœur de l’enquête pour corruption menée par le parquet de Milan sur les affaires d’Eni et le choix de ses partenaires locaux au Congo. Les principaux protagonistes de cette affaire sont tous sous le coup de l’enquête.

Nous nous sommes appuyés sur des sources confidentielles, des fuites de documents, des poursuites judiciaires et les rapports annuels d’entreprises cotées en bourse. Après des mois de recherches, nous sommes parvenus à révéler de nouvelles informations sur ces transactions, mais de nombreuses questions demeurent sans réponse.

Les Supermajors sous le feu des projecteurs

Milan Palace of Justice

Eni, WNR et les principaux protagonistes de cette affaire sont tous sous le coup d'une enquête pour corruption menée par le parquet de Milan sur les affaires d’Eni et le choix de ses partenaires locaux au Congo. Global Witness

Il s’agit d’une histoire de conflits d’intérêt, de personnes politiquement exposées et d’intermédiaires, d’accords opaques, de sociétés écran inconnues et de procédures irrégulières d’octroi de permis pétroliers, soit autant de signaux d’alerte de corruption. Cette affaire tentaculaire s’étend entre l’Italie, Maurice, le Royaume-Uni et ses territoires d’outre-mer opaques.

Cette histoire dévoile un conflit d’intérêt criant aux plus hauts échelons du pouvoir congolais et soulève de sérieuses questions sur le rôle d’Eni à cet égard. Cela remet en cause l’adéquation des systèmes de devoir de diligence d’Eni, qui semblent être ignorés, ou tout simplement inadaptés.

Alors qu’Eni fait l’objet d’enquêtes sur plusieurs fronts, nos révélations s’ajoutent à la tempête planant sur son modèle d’entreprise et ses relations au pouvoir à travers le monde. Les accords passés entre Eni, AOGC et WNR méritent de faire l’objet d’une enquête complète et méticuleuse par les autorités en Italie, au Congo et dans toutes les autres juridictions compétentes. 

De façon plus générale, les faits évoqués mettent la lumière sur les pratiques des Supermajors comme Eni et montrent jusqu’où elles sont capables d’aller pour sécuriser leur accès à des ressources à l’étranger. Ce récit dresse un portrait cinglant de la mauvaise gestion des ressources pétrolières congolaises, qui, en cinquante ans, n’ont pas contribué à la prospérité de la population.

Image principale: Alessandro Bianchi/Reuters

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