Press release / May 10, 2018

Quatre des cinq personnes visées par une enquête italienne sur la corruption en République du Congo sont des employés actuels ou passés d’Eni

Le géant italien du pétrole Eni a confirmé aujourd’hui que Maria Paduano, l’une des directrices fondatrices de la société opaque World Natural Resources, fait partie de son personnel. Ainsi, quatre des cinq personnes désormais visées par une enquête italienne au sujet des soupçons de corruption en République du Congo (Congo Brazzaville) travaillent ou ont travaillé pour Eni.

L’enquête porte sur les accords pétroliers entre la filiale congolaise d’Eni et le ministère congolais des Hydrocarbures, sur ses relations avec des entreprises congolaises locales et, depuis une mise à jour en juillet 2017, sur ses relations avec « certaines sociétés tierces ». Selon des médias italiens, l’enquête se concentre sur des responsables de World Natural Resources et sur les nombreux liens entre WNR et des personnels et associés actuels ou passés d’Eni.

Eni a toujours affirmé n’avoir aucune relation avec World Natural Resources, ajoutant aujourd’hui qu’à sa connaissance, aucun de ses personnels n’ont d’intérêts directs ou indirects au sein de cette entreprise.

 « Eni a systématiquement minimisé ses liens avec World Natural Resources, entreprise qui fait l’objet d’une enquête pour corruption dans des transactions pétrolières en République du Congo. Et pourtant, à chaque fois qu’Eni est confrontée à ces faits, de nouveaux liens sont mis à jour », explique Natasha White, chargée de campagne de Global Witness. « Eni et des membres de son personnel font déjà l’objet d’enquêtes pour des transactions pétrolières en Algérie, au Nigeria et en Italie. Il est temps que l’entreprise fasse une fois pour toute preuve de transparence au sujet de ses affaires et qu’elle rende des comptes ».

 « Il s’agit de la quatrième assemblée des actionnaires durant laquelle nous interrogeons Eni au sujet de ses opérations au Congo. Pour l’heure, nous n’avons pu obtenir que des réponses élusives et incomplètes. Les révélations d’aujourd’hui, qui font état d’un nouveau lien entre une employée d’Eni et une entreprise opaque qui ferait l’objet d’une enquête pour corruption, montrent bien que la vérité est bien différente de ce qu’affirme Eni face à ses actionnaires depuis quatre ans », déclare Giulia Franchi, de l’ONG italienne Re:Common.

L’enquête menée par des procureurs milanais portait à l’origine sur des accords pétroliers signés entre 2013 et 2015 par la filiale congolaise d’Eni et le ministère des Hydrocarbures du pays, ainsi que sur les relations d’Eni avec des entreprises locales. En juillet 2017, cependant, ils ont élargi la portée de leur enquête au « corruption internationale » et porté leur attention sur les relations entre Eni et ses filiales avec « certaines sociétés tierces » depuis 2012 à ce jour.

Selon Reuters, les procureurs cherchent à savoir si certains contrats ne dissimuleraient pas des pots-de-vin versés à des hauts responsables congolais. Le journal italien Il Corriere a en outre révélé que le système de corruption supposé a partiellement pris la forme de parts dans des droits d’exploitation pétroliers, qui aurait pu bénéficier aux personnes soupçonnées.

Les cinq personnalités faisant l’objet de l’enquête aux côtés d’Eni sont : Robert Casula, responsable du développement, des opérations et des technologies d’Eni ; Maria Paduano, avocate italienne et directrice fondatrice de WNR Ltd ; Alexander Haly, associé d’Eni et directeur fondateur de WNR ltd ; Chief Olufemi Akinmade, ancien personnel d’Eni qui a représenté Dan Etete dans le cadre des négociations au Nigeria sur l’OPL 245 ; et Andrea Pulcini, ancien procuratore d’Eni et fondateur de WNR Congo. 

Au moment de la publication, Global Witness n’avait réussi à joindre aucune de ces cinq personnes pour recueillir leur réaction.

Le 6 avril 2018, les médias italiens et internationaux ont fait état d’un développement dramatique dans cette affaire avec les perquisitions dans les bureaux d’Eni et la saisie de documents par les procureurs milanais. C’est en mars 2017 qu’Eni a reçu la première demande d’informations de la part de la police financière italienne en lien avec ce dossier, comme l’indiquent les rapports annuels de l’entreprise.

Le 14 mai 2018, Eni, Royal Dutch et bon nombre de leurs cadres supérieurs devront répondre d’accusations de corruption internationale aggravée en raison de leur rôle dans la transaction d’1,1 milliard de dollars US portant sur le bloc pétrolier nigérian de l’OPL 245. Les entreprises et leurs cadres ont tous nié ces accusations. Robert Casula et Claudio Descalzi, actuel PDG d’Eni, seront eux aussi sur le banc des accusés.

/ ENDS

Contacts

Natasha White, Campaigner

[email protected]

+44 (0) 7968 160 377

Notes to editor:

  1. Global Witness a déjà enquêté sur les marchés pétroliers opaques au Congo dans ses rapports « Time for Transparency » (2004), « Riddle of the Sphynx » (2005) et « How to lose $4 billion » (2015).
  1. Le journal italien « L’Espresso » a publié une vue d’ensemble de la structure de propriété de World Natural Resources Congo telle qu’elle était en 2015 : « New scandal shakes Eni in Congo Brazzaville. Here’s who is behind Marine XI giant gas field », 11 avril 2018. 

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