Press Release / 1 Novembre 2008

Le pillage des ressources reste le moteur du conflit dans l'est du Congo

Alors que la crise humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’aggrave, Global Witness demande que des efforts de paix internationaux soient consacrés de toute urgence au rôle du commerce des ressources naturelles dans le conflit.

« L’attention internationale de haut niveau que recueillent les événements récents est bienvenue », déclare Patrick Alley, directeur de Global Witness. « Mais les initiatives diplomatiques à courte échéance n’engendreront une paix durable que si l’on s’emploie à résoudre les causes sous-jacentes du conflit. Les avantages économiques associés à la guerre dans cette région restent l’un des motifs clés des parties belligérantes. »

Les combats entre le groupe rebelle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dirigé par Laurent Nkunda, et l’armée congolaise nationale, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), se sont gravement intensifiés ces derniers jours, alors que les troupes du CNDP se rapprochaient de la ville de Goma, dans l’est du pays. Plus de dix ans après le début de la guerre, c’est la population civile qui continue d’être le plus durement touchée par la violence. Les derniers combats ont entraîné un déplacement massif dans la province du Nord-Kivu. Le CNDP et les FARDC ont commis de graves atteintes aux droits de l’homme à l’encontre de civils non armés.

Le Nord- et le Sud-Kivu, provinces de l’est du Congo, sont riches en minerais, notamment en cassitérite (minerai d’étain), en or et en coltan. Le commerce des minerais sous-tend la guerre depuis 1998. La quasi-totalité des principaux groupes armés impliqués dans le conflit, ainsi que des soldats de l’armée congolaise nationale, font le commerce de ces minerais de manière illégale depuis des années, dans la plus totale impunité. Nombre d’entre eux imposent des taxes à la population civile et extorquent des minerais ou de l’argent le long des routes ou aux postes frontaliers.

En juillet-août 2008, Global Witness a rendu compte de l’implication importante de groupes armés et d’unités militaires congolaises dans le commerce de la cassitérite et de l’or au Nord- et au Sud-Kivu (voir le communiqué de presse de Global Witness du 10 septembre 2008 intitulé « Le contrôle des mines exercé par les parties belligérantes menace les efforts de paix dans l’est du Congo »).

Global Witness a déploré que les acheteurs et les compagnies qui font le commerce de minerais en provenance de l’est de la RDC ne prennent pas la responsabilité de mettre un terme au lien entre le commerce des minerais et la violence persistante. « Tant qu’il y aura des acheteurs prêts à participer à ce commerce, directement ou indirectement, avec des groupes responsables de graves atteintes aux droits de l’homme, ces groupes n’auront aucune raison de déposer leurs armes », commente Patrick Alley.

Global Witness a demandé aux acheteurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement – depuis ceux qui achètent dans les mines jusqu’aux fabricants, en passant par les compagnies multinationales qui revendent les minerais au détail – de faire preuve d’une diligence raisonnable. « Il est inacceptable que des acheteurs affirment ne pas savoir ou ne pas pouvoir savoir d’où proviennent les minerais. Il leur incombe de se renseigner pour savoir exactement où les minerais ont été produits et par qui. Si les minerais risquent d’être passés entre les mains de groupes armés ou d’unités militaires, ils doivent refuser de les acheter. Faute de quoi ils se rendent responsables du maintien de l’activité commerciale de ces groupes. »

La situation actuelle dans l’est de la RDC illustre le fait que l’on ne s’attaque pas, à l’échelle internationale, aux liens entre le conflit armé et le commerce mondial des ressources naturelles. Global Witness a rendu compte du rôle des matières premières, des diamants au bois, en passant par le cacao, dans la poursuite des conflits en Afrique et en Asie du Sud-Est. Mais la communauté internationale ne parvient toujours pas à s’accorder sur ce qui constitue une ressource du conflit. Des organisations telles que les Nations Unies ne disposent ni des moyens adéquats, ni d’une détermination suffisante pour pouvoir mettre un terme au lien entre les ressources et les conflits. Global Witness préconise l’élaboration par le Secrétaire général des Nations Unies d’un rapport sur les ressources naturelles et les conflits, démarche qui constituerait une première étape vers l’instauration d’une stratégie internationale plus énergique.

« Les agendas économiques sont à la base des guerres depuis la nuit des temps », ajoute Patrick Alley. « La nouveauté réside dans la façon dont des groupes armés parviennent à s’immiscer dans un marché mondialisé de ressources "pillables" encouragé à la fois par le monde occidental et oriental. La situation en RDC est un avertissement pour les décideurs internationaux qui éludent cette question ou la traitent avec maladresse depuis une décennie : agissez maintenant pour que le conflit armé ne profite plus à personne. »

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