Press release / 10 Apr 2019

La Trump Organization a profité de l’argent entaché utilisé pour acheter un appartement dans son hôtel phare à New York

La fille du dirigeant kleptocrate du Congo Brazzaville a utilisé des millions de dollars provenant de fonds publics apparemment volés pour acheter un appartement de luxe dans le complexe résidentiel et hôtelier New Yorkais de Trump (Trump International Hotel and Tower), une nouvelle enquête menée par Global Witness dévoile. La Trump Organization a négocié l’achat de l’appartement et en a profité.

Lisez ici le compte rendu complet de l’enquête sur « Le Condo de Luxe Trump ».

Le 10 avril 2019, Washington, D.C. Claudia Sassou-Nguesso, fille du président de la république du Congo, a acheté un appartement de luxe à New York dans le gratte-ciel résidentiel et hôtelier de Trump (Trump International Hotel and Tower) au moyen de fonds apparemment dérobés au trésor public, une nouvelle enquête publiée aujourd’hui par Global Witness révèle. Son homme de paille était José Veiga, homme d’affaires véreux faisant aujourd’hui l’objet d’une enquête menée par les autorités portugaises sur une affaire de corruption et de blanchiment d’argent au Congo.

Claudia Sassou-Nguesso et José Veiga ont élaboré un plan obscur pour acquérir un bien immobilier dans le complexe résidentiel et hôtelier New Yorkais de Trump en utilisant de comptes offshore et de juridictions opaques à l'habilitation de sociétés anonymes et d'avocats. Les procureurs français poursuivent la famille Sassou-Nguesso depuis 2010 pour des motifs de blanchiment d’argent et d’appropriation frauduleuse de biens acquis au moyen de fonds publics détournés.

Trois sociétés du conglomérat La Trump Organization appartenant au président américain Donald Trump ont joué un rôle essentiel dans la transaction : premièrement, en tant que propriétaire du bâtiment Trump International localisé au 1, Central Park West ; deuxièmement, en tant que courtier immobilier chargé de la vente ; et troisièmement en tant que mandataires chargés de vérifier les antécédents de l’acheteur. Deux autres entreprises « Trump » ont perçu des paiements couvrant plusieurs années de frais d’entretien, bien que Donald Trump ait démissionné de son poste de directeur de ces entreprises la veille de son investiture à la présidence des États-Unis. D’autres révélations seront nécessaires pour établir clairement si Donald Trump a bénéficié ou non de la vente de l’appartement depuis son accès à la présidence.

« Notre rapport dévoile preuves supplémentaires que certains politiciens et gens d’affaires tristement célèbres planquent leur argent en l’investissant dans des propriétés « Trump » », a déclaré Mariana Abreu, chargée de campagne à Global Witness. « La Trump Organization doit faire face à de sérieuses interrogations concernant la qualité des procédures de vérification des antécédents de l’acheteur de cet appartement. En l’occurrence, elle doit expliquer pourquoi cette transaction a été effectuée en dépit des risques de corruption et de blanchiment d’argent apparents associés à cette vente. »

Des documents examinés par Global Witness ont permis de tracer plus d’un demi-milliard de dollars partie du Trésor congolais, et des sommes subséquentes des millions de dollars passant par des sociétés du Delaware, des îles Vierges britanniques et de Chypre avant d’être utilisés pour l’achat de l’appartement à Trump International.

Un contrat de travaux publics apparemment faux impliquant Veiga a été utilisé pour siphonner une somme frisant les vingt millions de dollars. K&L Gates, un cabinet juridique de premier plan mondialement connu, a créé une société écran à New York pour finaliser la transaction financée par une société écran chypriote dans laquelle Veiga était impliqué mais qui appartenait en réalité à Claudia Sassou-Nguesso.

« Claudia Sassou-Nguesso et José Veiga se sont servis des nombreux instruments du système financier à leur disposition pour siphonner, dissimuler et potentiellement blanchir les millions de dollars d’argent public apparemment détournés en les investissant dans une propriété de luxe « Trump ». Tel argent devrait servir les intérêts des citoyens congolais », a déclaré Mariana Abreu. « Cette situation met en évidence l’urgence qu’il y a de mettre à jour les pratiques utilisées par les sociétés opaques pour transférer des fonds d’un pays à un autre avec une facilité déroutante en dépit de nombreux signes de corruption qui devraient donner lieu à des questions concrètes concernant la légitimité et l’origine des fonds. »

Les conséquences de telles transactions sont souvent désastreuses pour les gens en situations précaires vivant sous le joug de gouvernements corrompus comme c’est le cas au Congo où les marchés publics sont octroyés aux investisseurs les moins scrupuleux et aux criminels les plus opportunistes.

Global Witness n'allègue pas que ni K&L Gates ni La Trump Organization a enfreint les lois en ce qui concerne ses rôles dans l'acquisition de l'appartement 32G. Aucune exigence légale aux États-Unis ne force ni les cabinets juridiques ni les agents immobiliers à faire preuve d'une diligence raisonnable envers leurs clients, alors le cabinet juridique et La Trump Organization peuvent prétendre avoir le droit d’assumer ces activités. Cela fait partie d'un problème systémique plus vaste qui permet d'effectuer de telles transactions avec un examen minimal.

L’Europe et les États-Unis sont dans l’obligation d’examiner les failles d’un système facilitant la corruption et le blanchiment d’argent et qui permettent à certaines élites politiques notoires telles que la famille Sassou-Nguesso de jouir d’un butin luxueux issu de gains apparemment mal-acquis.

Global Witness exhorte les autorités américaines compétentes, y compris les comités du Congrès, à enquêter sur ces allégations et, le cas échéant, à tenir la Trump Organization et Donald Trump responsables de leurs actions. Les autorités chargées de l’application des lois aux États-Unis, en France et au Portugal ont le devoir de passer au crible toute indication de blanchiment d’argent et tout indice de détournement de fonds publics concernant l’achat du bien immobilier mentionné ici par la famille présidentielle du Congo avec la complicité de José Veiga. S'il s'avère qu'aucune loi n'a été enfreinte, la loi devrait être renforcée afin de rendre plus difficile la réalisation de ce type d'opération.

Global Witness a adressé des questions écrites à La Trump Organization, à Claudia Sassou-Nguesso, à l’avocat de José Veiga, à K&L Gates et au porte-parole du gouvernement congolais pour leur demander des explications sur les détails et les allégations exposés dans cet article. Aucune réponse de fond aux allégations qui leur ont été adressées dans les délais impartis n'a été reçue de l'une ou l'autre de ces parties, mais La Trump Organization a toujours réfuté les allégations de méfaits liés à des projets et accords immobiliers. Pour plus de détails sur les parties contactées et les réponses reçues, voir l'article complet.

/ ENDS

Notes to editor:

  • Lisez l’enquête menée par Global Witness dans son intégralité ici.

  • Lisez notre enquête précédente sur la participation de José Veiga dans les accords pétroliers passés au Congo
  • Le Congo est gouverné par Denis Sassou-Nguesso qui se trouve en quatrième position de longévité des dirigeants non-royaux du monde entier. La corruption fréquemment associée à l’exploitation pétrolière, aux projets d’infrastructure ainsi qu’aux marchés publics a donné lieu à des dépenses somptuaires par la famille du président Sassou-Nguesso. La famille Sassou-Nguesso fait actuellement l’objet d’une enquête menée en France sous le nom « d’affaire des biens mal acquis ».
  • José Veiga, ancien directeur du club de football portugais Benfica et surnommé par le président congolais Denis Sassou Nguesso le « sorcier portugais » a été arrêté au début de l’année 2016 dans le cadre d’une enquête menée par les autorités portugaise concernant le blanchiment d’argent au Congo. Après un séjour de trois mois en prison et deux mois en résidence surveillée, Veiga a été relâché. L’enquête suit son cours.

Exclusion de responsabilité : la version française est une traduction du document original en anglais. Cette traduction ne peut être utilisée qu’à titre de référence. En cas de divergence entre la version française et la version originale anglaise, la version anglaise fait foi. Global Witness décline toute responsabilité en cas de dommage ou préjudice causé par des erreurs, des imprécisions ou des incompréhensions de traduction.

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