Press Release – 13/12/2005
Des hauts fonctionnaires impliqués dans le scandale de la vente du pétrole congolais
Un haut fonctionnaire de la République du Congo s’est livré secrètement
à des ventes de pétrole à prix réduit à des sociétés privées dont il
est lui-même le propriétaire, souligne une nouvelle communication de
Global Witness.1 Le scandale qui entoure Denis Gokana, responsable de
la compagnie pétrolière d’État (la Société nationale des pétroles du
Congo ou SNPC), soulève des questions inquiétantes sur la sincérité des
promesses du gouvernement quant à une réforme du secteur pétrolier
corrompu et mal géré, alors même que ce pays africain pauvre réclame à
la communauté internationale un allègement de sa dette.
Le document « L’énigme du Sphynx : qu’est-il advenu de l’argent du
pétrole congolais ? »2 décrit la manière dont, depuis 2002, des
sociétés appartenant à Gokana ont acheté du pétrole à la SNPC pour un
montant au moins égal à 472 millions de dollars US à des prix
considérablement inférieurs au prix du marché, pour ensuite le revendre
à profit à des négociateurs indépendants.
Selon la décision récente d’un tribunal britannique,3 Sphynx UK, Sphynx
Bermuda et l’Africa Oil and Gas Corporation (AOGC) ont été établis par
Gokana en 2002 et en 2003 alors que celui-ci occupait le poste de
conseiller spécial du Président congolais, Denis Sassou Nguesso.4 Ces
sociétés ont continué d’acheter du pétrole à la SNPC jusqu’en 2005,
après la promotion de Gokana au poste de responsable de la compagnie,
contrairement aux propres statuts de la SNPC. Denis Christel Sassou
Nguesso, le fils du Président congolais, a également supervisé les
transactions en sa qualité de responsable de la branche commerciale de
la SNPC.
Global Witness calcule que la perte de revenus potentiels subie par le
trésor congolais en raison des ventes effectuées à Sphynx à des prix
inférieurs au prix du marché représente environ 20 millions de dollars
US pour l’exercice 2003. Par ailleurs, sur une seule vente effectuée en
2005, une autre société de Gokana a gagné plus de 3 millions de
dollars. Les bénéfices ont été virés dans les comptes de l’AOGC, une
société enregistrée en République du Congo, dont les relevés bancaires
n’ont jamais été divulgués. Les tribunaux britanniques ont jugé que ce
« voile corporatif » servait principalement à cacher les actifs aux
créanciers du Congo, mais rien ne permet de penser que ces bénéfices
aient été transférés par la suite dans les caisses du trésor congolais.
Il y a quelques mois, l’AOGC s’est également vu octroyer une
participation de 10 % dans une concession pétrolière congolaise, Marine
XI, dans le cadre d’un processus d’appel d’offres supervisé par la SNPC
et dirigé par Gokana. Il est prévu que le bloc sera exploité par SOCO
International, une société enregistrée au Royaume-Uni, mais le contrat
est contesté par une autre société, Energem, qui a signé un contrat
relatif à l’exploitation du bloc avant l’arrivée de Gokana à son poste
à la SNPC.
Le République du Congo illustre clairement combien une mauvaise gestion
des revenus pétroliers, en plus d’empêcher les pays de s’enrichir, peut
instaurer un environnement où règnent corruption et instabilité. Bien
que les recettes du pétrole aient rapporté un milliard de dollars en
2004, la République du Congo reste un des pays les plus pauvres et les
plus endettés du monde. Tout le problème repose sur la gestion opaque
des revenus pétroliers, qui représentent plus de 70 % du budget du
Congo.5 Le gouvernement a promis aux bailleurs de fonds d’introduire
des réformes propices à la transparence financière en échange d’un
allègement de la dette, et il a publié une grande quantité de données
sur les revenus pétroliers.6
Cependant, ce dernier scandale révèle que le gouvernement congolais n’a
pas mis en œuvre les recommandations des auditeurs indépendants selon
lesquelles la compagnie pétrolière d’État doit davantage rendre compte
de la gestion de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Le
gouvernement se doit désormais de mener une enquête publique sur ce
conflit d’intérêts flagrant et lancer un audit indépendant de toutes
les opérations commerciales offshore.
Les bailleurs de fonds internationaux ne devraient accorder aucun
allègement de la dette à la République du Congo tant que les résultats
de cette enquête ne seront pas connus. En tant que plus gros créancier
bilatéral du pays et qu’auteur de la déclaration du G8 « Lutter contre
la corruption et améliorer la transparence », la France devrait montrer
la voie à suivre pour promouvoir la transparence afin de veiller à ce
que la richesse pétrolière du Congo profite à toute sa population.
Pour tout renseignement complémentaire, veuillez contacter Sarah Wykes
(+44 207 561 6362 ou +44 7971 06 44 33) ou Gavin Hayman (+44 207 562
6361 ou +44 784 305 8756).
Notes de bas de page
1. Global Witness enquête sur les liens existant entre l’exploitation
des ressources naturelles et le financement du conflit et de la
corruption. L’organisation adopte une démarche non partisane dans tous
les pays dans lesquels elle exerce ses activités. Global Witness a été
retenu comme candidat au prix Nobel de la Paix 2003 pour son travail de
grande importance sur les « diamants du conflit » et a remporté en mai
2005 le prix de la Fondation Gleitsman pour son activisme international.
2. Global Witness, 13 décembre 2005, « L’énigme du Sphynx : qu’est-il
advenu de l’argent du pétrole congolais ? ». Voir www.globalwitness.org
3. Voir le jugement approuvé par le Juge Cooke entre Kensington
International et la République du Congo, le 28 novembre 2005, High
Court of Justice, Queens Bench Division, Commercial Court, Royal Court
of Justice, Strand, Londres, le 28 novembre 2005. Numéro de dossier
FOLIO 2002 NOS 1088, 1281, 1282 et 1357.
4. Le CV de Denis Gokana peut être consulté sur le site Web de la SNPC à l’adresse www.snpc-group.com
5. Pour obtenir des informations de fond sur la République du Congo,
consulter le rapport de l’article IV du FMI sur la République du Congo,
10 janvier 2005 ;
http://www.imf.org/external/pubs/cat/longres.cfm?sk=18515.0
6. La SNPC, qui a été tenue de présenter différents niveaux
d’information financière, publie désormais des informations financières
et transactionnelles à l’adresse
http://www.mefb-cg.org/actualites/page16.htm. Cependant, les
informations publiées font apparaître des écarts préoccupants. Les
certifications trimestrielles des revenus pétroliers réalisées par un
cabinet d’audit indépendant (KPMG) semblent souligner qu’en réalité,
les revenus pétroliers représentent un montant s’élevant à environ 300
millions de dollars de plus que ce que ne déclare le ministère des
Finances pour l’exercice 2004. En résumé, environ un tiers du pétrole
congolais ne serait pas pris en compte dans le budget. Voir Global
Witness « Réformes sur la transparence en République du Congo: quels
critères d’évaluation par le FMI ? » et « Bilan des réformes de
transparence dans la République du Congo », 15 août 2005, disponibles
sur
http://www.globalwitness.org/press_releases/display2.php?id=303http://www.globalwitness.org/press_releases/display2.php?id=303
New evidence confirms oil revenue transparency still eludes Sudan
Large discrepancies persist between the oil production data published by the government of Sudan and those published by the main Chinese oil company operating in the country, Global Witness said today, six months after the publication of its report which first exposed the gaps.
Environmental groups call on French shipping company Delmas to cancel shipment of precious wood from Madagascar
Global Witness and the Environmental Investigation Agency (EIA) today called on French shipping company Delmas to cancel a shipment to China of hundreds of tons of rosewood from the port of Vohémar, in northeastern Madagascar. The campaign groups accuse the company of facilitating the destruction of Madagascar’s last remaining forests caused by vast illegal logging of rosewood.
Open letter to Delmas shipping company raises concerns over rosewood shipments from Madagascar
An open letter from Global Witness and the Environmental Investigation Agency (EIA) to Delmas shipping company expressing grave concerns at its involvement in the transport of timber from Madagascar which has been declared illicit by the Malagasy authorities. The groups accuse Delmas of facilitaitng the destruction Madagascar's remaining rosewood forests through illegal logging.
Link between Angolan president's son-in-law and state oil company raises questions about transparency
The son-in-law of the Angolan president has been nominated to the board of a holding company that owns a third of the Portuguese oil firm Galp Energia, which has investments in Angola. The nomination was made by the State oil company, Sonangol, which is responsible for managing Angola's oil on behalf of its citizens. This arrangement raises concerns about conflicts of interest to which Sonangol has not responded.
DR Congo: ex-rebels take over mineral trade extortion racket
Former rebels from the Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) have established mafia-style extortion rackets covering some of the most lucrative tin and tantalum mining areas in the eastern Democratic Republic of Congo (DRC), Global Witness reported today following four weeks of research in the region.
Global Witness concerned at choice of new Ukraine energy minister
Global Witness is concerned that Yuri Boyko, a controversial figure from the murky past of Ukraine’s gas industry, has been put back in effective charge of a key gas supply route from Russia to the European Union.
Landmark oil and mining transparency initiative faces credibility test as key deadline passes
The Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), a pioneering initiative to bring more openness to the world's oil and mining industries, faces a major credibility test after 20 out of 22 countries failed to meet a key deadline today.
Global Witness urges Cambodia’s donors to condemn sponsorship of military units by private businesses
Aid donors to Cambodia, including the US, EU, Japan, China and the World Bank, should send a strong message to the government that they will not countenance the bankrolling of Cambodia’s military by private businesses. This call follows the announcement last week by Cambodian Prime Minister Hun Sen of the formation of 42 official partnerships between private businesses and Cambodian military units.
A near miss? Lessons learnt from the allocation of mining licences in the Gola Forest Reserve in Sierra Leone
Between 2005 and 2007, two mining licences were issued in the Gola Forest Reserve in Sierra Leone, even though the area was a proposed national park. This new report identifies weaknesses in Sierra Leone's natural resource governance and attempts to draw lessons for the future.
Parliamentary committee report on libel, privacy and press freedom not strong enough to defend public interest reporting
A report on press standards, privacy and libel makes broadly sensible recommendations but does not go far enough to allay fears that England's laws are a barrier to public-interest campaigning.
Campaigners criticise proposals to define palm oil plantations as forests
The Ecosystems Climate Alliance today criticised the EU and Indonesia for attempting to reclassify palm oil plantations as forests, saying this would be a step backwards in efforts to halt climate change though preventing deforestation.
28 countries accused of facilitating money laundering … but key offenders missing
An international financial crime watchdog has named and shamed countries that are failing to stop dirty money entering the financial system, a move welcomed by Global Witness. However, conspicuously absent are major financial centres and secrecy jurisdictions, many of which also have serious weaknesses in their anti-money laundering regulations.